Nous avons eu l’honneur d’échanger avec sébastien henrard, spécialiste reconnu du tdah, autour du tdah au féminin. au cœur de cet entretien : la périménopause, une période où les difficultés peuvent s’accentuer et soulever de nouvelles questions sur un trouble parfois passé inaperçu pendant des années.
Votre intérêt pour le TDAH semble avoir pris une place importante dans votre parcours. Est-ce un sujet qui vous touche aussi au-delà de votre pratique professionnelle ?
Il a pris une grande place c'est vrai. Ce qui m'y attache au-delà du métier, c'est l'écart entre ce que l'on sait du TDAH et ce qui en parvient réellement aux personnes concernées et à leurs familles. C'est l'un des troubles les mieux étudiés en psychiatrie de l'enfant et de l'adulte, et pourtant les informations qui circulent oscillent souvent entre deux erreurs : le minimiser, ou le voir partout. Les deux ont un coût, et ce sont toujours les personnes concernées qui le paient : un diagnostic manqué pendant quarante ans, ou au contraire un diagnostic posé trop vite, qui fait passer à côté de la vraie cause des difficultés.
C'est pour cette raison que mon engagement déborde la formation des professionnels. C'est le sens de TDAH LAB, l'association de recherche indépendante que j'anime : analyser les publications scientifiques et les rendre accessibles au plus grand nombre, y compris quand leurs résultats sont moins spectaculaires que leurs titres. Rendre la science lisible sans la trahir est devenu une part de mon travail que je ne vois plus comme séparée du reste.
Pour ma part, pour être plus clair, je ne suis pas concerné par le trouble directement non, ni pour moi, ni dans ma famille.
Vous avez travaillé dans la recherche, l'évaluation clinique, dirigé un centre pluridisciplinaire et vous êtes aujourd'hui formateur. Comment ces différentes expériences ont-elles façonné votre regard sur le TDAH ?
Chacune m'a appris quelque chose de différent, et c'est peut-être leur addition qui compte le plus.
La recherche m'a donné une forme d'hygiène intellectuelle : se demander, devant chaque affirmation, sur quoi elle repose, sur combien de personnes, mesurée comment et avec quelle solidité. Dans un domaine aussi exposé que le TDAH, cette question est un garde-fou permanent.
L'évaluation clinique m'a appris que le symptôme ne fait pas le trouble. L'inattention, l'impulsivité ou l'agitation se retrouvent dans l'anxiété, la dépression, les troubles du sommeil, le psychotraumatisme, et chez à peu près tout le monde à des degrés divers. Ce qui distingue le TDAH, c'est une trajectoire qui remonte à l'enfance, une intensité qui dépasse ce que l'on attend pour l'âge et un retentissement réel sur la vie de la personne. Le diagnostic différentiel est ainsi devenu le cœur de mon travail, au point de lui consacrer aujourd'hui un temps très important pour tenter de mieux le faire comprendre au maximum de monde.
Diriger un centre pluridisciplinaire m'a montré que chaque professionnel voit une facette de la même personne. Le médecin, le rééducateur, le psychologue ou l'enseignant ne décrivent pas la même chose, et aucun n'a tort. Le travail consiste à faire converger ces regards plutôt qu'à les juxtaposer.
La formation, enfin, m'oblige à transmettre une méthode plutôt que des certitudes. Les connaissances sur le TDAH évoluent vite ; une démarche d'évaluation rigoureuse, elle, reste utile quel que soit le trouble que l'on finira par retenir.
Aujourd'hui, vous formez principalement des professionnels de santé. Quelles sont les idées reçues ou les incompréhensions autour du TDAH que vous rencontrez encore le plus souvent ?
La plus tenace est sans doute l'idée qu'un test permettrait de confirmer ou d'écarter un TDAH. Ni un bilan neuropsychologique, ni un questionnaire, ni une imagerie cérébrale ne posent ce diagnostic. Un profil cognitif dans la norme n'exclut pas un TDAH, et des difficultés aux tests attentionnels ne le confirment pas, car de nombreuses autres situations les produisent. Le diagnostic reste clinique : il repose sur une histoire reconstituée avec soin, sur plusieurs sources d'information et sur l'analyse du retentissement dans la vie quotidienne. Les tests ont leur place, mais pour décrire un fonctionnement et orienter l'accompagnement, pas pour trancher.
La deuxième confusion porte sur la différence entre un symptôme et un trouble. Tout le monde oublie ses clés, tout le monde se laisse distraire. Ce qui fait le trouble, ce n'est pas la présence de ces comportements, c'est leur intensité, leur ancienneté, leur constance d'un contexte à l'autre et ce qu'ils coûtent à la personne. Compter des symptômes sans évaluer ce coût conduit à des diagnostics fragiles.
La troisième est plus subtile, et je la rencontre de plus en plus : en voulant corriger une idée reçue, on fabrique parfois son contraire. Pendant longtemps, on a cru que le TDAH concernait surtout les petits garçons agités. La correction était nécessaire, car les filles et les femmes restent sous-diagnostiquées. Mais elle glisse parfois vers l'idée inverse, selon laquelle toute difficulté attentionnelle chez une femme adulte serait un TDAH méconnu ou encore que les critères de diagnostic ne peuvent pas s'applquer aux femmes et qu'il nous en faudrait des nouveaux.
